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+ -, Romain Pellas

Romain Pellas, « + - », Villa Noailles, Hyères, 2014

Suivre l’œuvre de Romain Pellas, c’est accepter de se perdre, et en même temps, c’est se retrouver en terrain connu, bien qu’à chaque fois retourné, chamboulé. Un chantier en cours, un chantier à l’arrêt. Car, le difficile, pour l’artiste, c’est toujours de savoir à quel moment s’arrêter – quel moment précis prélever dans les flux de temps qui le traversent. Cela suppose de sa part une succession de décisions, un programme qu’il s’invente et qu’il n’est pas tenu de respecter. Avec, à chaque fois, le sentiment de reprendre tout du début, bien qu’une vision intérieure préside le plus souvent à la mise en œuvre. C’est persévérer, et en même temps, c’est préserver la force du commencement, l’inquiétude propre au commencement. C’est ce qui en fait sa beauté. Ce qui inquiète la forme, c’est aussi ce qui la rend vitale. C’est ce qui frappe devant le travail de Romain Pellas : sa vitalité, un excès de vitalité qui organise et désorganise la forme. Quelque chose d’organique, de proliférant, qui évoque la patience des végétaux, telle qu’elle est décrite par Francis Ponge :

 

Le temps des végétaux se résout à leur espace, à l’espace qu’ils occupent peu à peu, remplissant un canevas sans doute à jamais déterminé. (…) Comme le développement des cristaux : une volonté de formation, et une impossibilité de se former autrement que d’une manière.

 

Le travail « + - » s’inscrit dans ce double mouvement : une construction suspendue, comme en apesanteur, dans l’enceinte d’un pigeonnier dont les parois sont striées par des néons verticaux qui altèrent la vision de la structure centrale. Une façon de cadrer le regard, tout en creusant cette tension entre monstra et astra, entre agglomérats de formes plus ou moins identifiables – bris de jouets, jeux de constructions – et vibrations lumineuses qui obligent à une perception progressive de l’ensemble.

Aussi Romain Pellas oscille-t-il entre l’énergie féroce de l’enfant qui casse ses jouets – s’en détourne pour s’emparer d’objets trouvés et autres rebuts plus à même de répondre à son désir fébrile de construire – et la volonté toujours renouvelée de former un tout, une entité autonome qui flotte entre deux nappes de sensations. Un travail de l’imagination qui exclut tout sentiment de maîtrise, expulse scories et pépites, au fur et à mesure qu’il se déploie dans l’espace alentour.

C’est en saisissant la force diagonale que l’artiste aux aguets s’approche le mieux de sa région vitale, du noyau dur de son travail.

 

Texte publié dans le catalogue du Festival de mode et de photographie, Villa Noailles, Hyères, 2014

 
Cahier 10